17 avril 2025
Jeudi Saint – Messe de la Cène du Seigneur
Ex 12,1-8.11-14 ; Ps 115 (116B) ; 1 Co 11,23-26 ; Jn 13,1-15
Homélie du frère Arnaud Blunat
La célébration du Jeudi Saint est particulièrement riche en signification.
Elle est d’abord la commémoration de la Pâque que le Peuple d’Israël, nos pères dans la foi, ont vécue.
Cette année, nous en faisons mémoire en même temps que nos frères juifs.
Le rituel est minutieusement décrit dans le livre de l’Exode, comme nous l’avons entendu dans la première lecture.
C’est une célébration familiale que la communauté d’Israël célèbre chaque année.
Un agneau est ainsi choisi pour être immolé le quatorzième jour du premier mois.
Il est mangé avec des pains sans levain et des herbes amères, et rappelle ainsi la sortie d’Égypte.
Ce repas pris à la hâte, juste avant le départ, symbolise la libération du Peuple par Dieu lui-même.
Pourquoi en faisons-nous mémoire 2000 ans plus tard ?
Parce qu’il nous rappelle que c’est au cours de ce même repas que Jésus a donné sa propre vie.
Le choix de ce jour n’est pas anodin. Mais les paroles qu’il prononce devant ses disciples réunis autour de lui sont d’une portée considérable.
Jésus célèbre bel et bien la Pâque et donc la libération de son peuple.
Mais en ajoutant ses paroles sur le pain puis sur le vin : ceci est mon corps, ceci est mon sang, Jésus signifie que la Pâque s’accomplit à travers le don qu’il fait de lui-même.
Elles prendront toute leur signification avec les événements qui vont suivre.
Lorsque Jésus est arrêté, condamné, puis chargé de sa croix et enfin dressé sur cette même croix, il devient évident que ce dernier repas n’était pas que le simple rappel de la Pâque au temps de Moïse.
Le lien entre le repas, les paroles de Jésus sur le pain et le vin et la mort sur la croix, montre l’aboutissement de ce que Dieu avait commencé à réaliser.
Le repas du Jeudi Saint inaugure l’alliance nouvelle et éternelle dans le sang de Jésus.
L’eucharistie que nous célébrons en est donc la pleine réalisation.
Jésus fait de ce repas une institution, puisqu’il demande à ses disciples de faire cela en mémoire de lui. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de se souvenir de ce qu’il a fait, il s’agit bien de proclamer que la mort de Jésus nous libère définitivement de la mort et nous obtient le salut.
Avec Jésus qui offre sa vie en sacrifice, nous avons l’assurance dans la foi que la vie nous est donnée en plénitude.
Le Jeudi saint est donc la célébration qui fonde toutes nos célébrations, et toutes nos eucharisties rendent actuel et présent le sacrifice de Jésus, expression de son amour infini, de l’action de grâce qu’il adresse au Père, de l’amour qu’il offre à toute l’humanité.
Au cours de la Sainte Cène, Jésus demande à ses apôtres de refaire ce qu’il a fait.
Cette mission qui leur est confiée constitue le cœur de la mission que vit l’Église.
L’Église ne peut vivre et grandir sans la célébration de l’eucharistie.
La grâce du Christ nous est ainsi communiquée dans l’eucharistie présidée par les prêtres et célébrée par tous les fidèles rassemblés.
C’est pourquoi il est d’usage de fêter aujourd’hui les prêtres qui ont reçu ce ministère à la suite des apôtres, ce service de la charité qui prend sa source dans l’eucharistie et se déploie dans les innombrables actions pour le bien de tous. On ne peut bien sûr pas limiter le service des prêtres à la célébration de la messe et des autres sacrements. Leur activité et toute leur vie est un témoignage qui doit pouvoir rejoindre ceux qui sont de près ou de loin en lien avec la communauté chrétienne, et peut même toucher ceux qui n’ont aucun lien immédiat avec l’Église.
Par le geste du lavement des pieds, Jésus a voulu donner tout son sens au mot service. Le service est un don total qui n’attend aucune reconnaissance, il est d’abord accompli par amour et par souci des autres. Le rôle du prêtre est de rejoindre ceux qui sont trop souvent laissés de côté, voire méprisés et humiliés. Il se doit d’être à l’écoute, de faire preuve de courage, de patience et de force, à l’exemple de Jésus, le vrai et fidèle serviteur. Le prêtre doit ainsi faire ressortir le caractère unique de la mission du Christ qui est d’offrir le monde et de conduire tout homme à Dieu.
Il est de coutume de refaire le geste du lavement des pieds chaque jeudi saint.
Traditionnellement, ce sont douze hommes qui sont choisis pour symboliser les apôtres.
Aujourd’hui une plus grande liberté nous est donnée, et le pape François a en particulier donné un bel exemple d’ouverture. C’est pourquoi, dans un instant, je referai ce geste pour deux de mes frères qui représenteront la communauté que j’ai la charge de servir, mais aussi deux d’entre vous, et qui représenteront la communauté plus large que nous formons à travers nos eucharisties mais aussi les diverses activités apostoliques que nous assurons avec vous au sein de notre couvent et en dehors.
Je vous invite à prier pour que nous soyons toujours des serviteurs du Christ et les uns pour les autres. Que les prêtres, les religieux, aient toujours le souci d’entraîner tous les baptisés sur ce chemin difficile et exigeant du service de la charité. Il n’y a en effet pas de plus grand service à rendre aux autres que de les aimer et de les inviter à aimer et à se donner.
N’est-ce pas là le lieu de la plus grande liberté, et l’expérience de la libération à laquelle le Christ nous appelle ? Mais il nous faut pour cela entre plus profondément dans le mystère qui nous fera vraiment passer de la mort à la vie, de la Passion à la Résurrection. Efforçons-nous de vivre chacune des célébrations du mystère pascal afin d’en recueillir tous les fruits.