L’unique nécessaire

17 juillet 2022 – 16è dimanche du T.O., année C
Gn 18,1-10a ; Ps 14 (15) ; Col 1,24-28 ; Lc 10,38-42
Homélie du frère Damien Duprat



Le Christ dans la maison de Marthe et Marie – Johannes Vermeer, huile sur toile, v. 1655.

Si ce n’était pas Jésus qui répondait ainsi à Marthe, mais quelqu’un d’autre, nous serions peut-être tentés de contester cette réponse pour défendre Marthe et sa revendication. Elle accueille chez elle Jésus, qui n’est sans doute pas seul mais accompagné d’un groupe de disciples ; ce service était sans doute assez prenant, et Jésus lui-même en a bénéficié ; imaginons que Marthe, comme sa sœur, se soit assise près de Jésus pour écouter sa parole, il n’y aurait pas eu grand-chose à manger pour tous ces convives !

Il semble donc y avoir quelque chose de légitime dans la demande de Marthe ; et pourtant Jésus refuse ! Jésus, le Messie, le Maître et Seigneur ! Il nous faut donc croire que cette parole qu’il prononce est juste, et plus encore qu’elle constitue un enseignement qui peut nous être utile à nous aussi. Alors essayons de comprendre !

Écoutons bien ce qu’il dit à Marthe : « tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses ». Il ne se contente pas de voir que Marthe assure le service : il voit surtout l’état d’esprit dans lequel elle se trouve, c’est-à-dire une préoccupation excessive. Marthe avait le sentiment d’être oubliée par sa sœur et par Jésus ; et Jésus lui montre qu’il n’en est rien et qu’il est attentif à elle, non seulement à ce qu’elle fait, mais à ce que cela représente pour elle, et c’est sur ce point précis qu’il attire son attention. Marthe se laisse trop absorber par les tâches qu’elle doit faire, aussi légitimes que soient ces tâches. Elle en fait son seul horizon. En réclamant que sa sœur Marie la rejoigne, elle montre que selon elle, ce service est plus important que d’écouter Jésus.

En lui répondant comme il le fait, Jésus réajuste les choses, il remet en place l’ordre des priorités. Il rappelle à Marthe que sa sœur Marie n’est pas en train d’écouter n’importe quel beau parleur, mais qu’elle l’écoute lui, Jésus, le Seigneur ! « Marie a choisi la meilleure part » : oui, la parole du Christ est précieuse, elle est une nourriture qui nous est bien nécessaire. « L’Homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3 LXX). Prenons garde que les tâches que nous avons à accomplir nous absorbent tellement qu’elles deviennent comme des ronces qui étouffent en nous le bon grain de la parole de Dieu. C’est le piège de l’activisme.

Au fond, l’écoute de la parole de Dieu n’entre pas en concurrence avec l’action ; elle remet plutôt chaque action à sa juste place. Avant de prendre une grande décision, prenons le temps de prier ; et dans le quotidien de nos journées, remettons de temps en temps les choses en perspective par rapport à l’Évangile. La foi n’élimine pas miraculeusement les soucis, mais elle nous invite à les déposer en Dieu, qui s’occupe de nous. Il s’est mis le premier à notre service en venant nous sauver de la mort. Les préoccupations de ce monde sont transitoires, alors que notre vie est éternelle. Demandons au Seigneur sa lumière pour discerner l’importance réelle de toute chose. Si nous cherchons en priorité le royaume de Dieu (cf. Mt 6,33), celui-ci nous sera donné et ne nous sera jamais enlevé.

2 commentaires à propos de “L’unique nécessaire”

  1. Homelie si vraie !merci cher frere!
    quelques jours de vacances en famille , difficulté de se plonger régulièrement dans la Parole de notre Seigneur…
    Le manque s’installe vite. Gare au piège !.
    « Une seule parole de Toi et je REViS « .

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