Saint Dominique, un homme exposé

Samedi 18 juin 2022
Messe en l’honneur de saint Dominique
Homélie du frère Jean-Marc Gayraud

Saint Dominique – Henri Matisse, peinture sur céramique, 1950 – Chapelle du Rosaire (dite aussi chapelle Matisse), Vence, Alpes-Maritimes

Dominique, un homme exposé. Voici trois photos qui saisissent chacune sur le vif une exposition particulière de St Dominique.

Dominique est exposé aux circonstances. Elles sont chez lui le lieu où se concrétise toujours l’appel de Dieu à un moment donné, une exposition qui engage à des choix parfois difficiles ou surprenants, mais toujours résolus. Alors qu’il est encore chanoine en Espagne, il vend ses livres pour soulager la misère qui l’entourait. Le livre de la charité lui importe plus encore que les livres d’étude. Si l’étude ne conduit pas à la pratique de la charité, elle est vaine et néfaste pour qui s’y adonne. Dominique est un croyant crédible. La vie selon les Apôtres, la vie apostolique qu’il va promouvoir, et qui surgira précisément des circonstances, cette vie apostolique est indispensable pour lui à la crédibilité de l’annonce évangélique, une crédibilité qui faisait souvent défaut à son époque, pas moins qu’aujourd’hui d’ailleurs. Dominique nous engage à être crédible dans notre vie pour être de vrais témoins de l’Évangile.

Dominique est exposé aux autres. Rien ne lui est plus opposé que le fait de rester entre-soi. Il disperse une communauté de frères à peine constituée. Le grain entassé ne peut que pourrir, dira-t-il alors, il doit être dispersé pour porter du fruit. Dominique a l’esprit d’Église, autrement dit, le contraire de l’esprit de chapelle. Il est bien plus intéressé par le salut du monde, par la rencontre des autres, que par la reproduction de nous-mêmes. Paradoxalement, c’est ce qui donnera à l’Ordre qu’il fonde son dynamisme, sa croissance et sa durabilité. Dominique nous rappelle que le dynamisme apostolique doit toujours commander toute forme de préoccupation ecclésiale. Ajustée ainsi à sa finalité même, la vie ecclésiale trouvera toujours, à une époque donnée, sa forme la plus adaptée.

Dominique est exposé à la Parole. Nous le voyons habité, travaillé, taraudé par la Parole de Dieu, jour et nuit. Elle se manifeste dans des engendrements éprouvants, une intercession persistante, une inhabitation jubilatoire. Cette Parole, il savait la réfracter en mille paroles et attitudes humaines pour pouvoir la rendre actuelle, désirable, convaincante. Une phrase qui lui est attribuée en dit long sur ce travail de la Parole au fond de son être : « mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? ». La miséricorde relie inséparablement vie en Dieu, expérience intérieure, souci du prochain. Elle donne accès au cœur de Dieu, bouleverse le cœur de l’homme, le remplit d’active compassion.

Exposé aux circonstances, aux autres, à la Parole, Dominique nous invite à jeter la vie ordinaire de chaque instant dans la sainteté de Dieu, à travers les événements et les rencontres qui la jalonnent. Il nous invite à laisser la Parole donner la mesure à toutes choses et conduire ainsi notre vie. Placer sa vie sous le régime de la Parole, la laisser s’engendrer en nous, l’offrir au monde, voilà l’attitude mariale par excellence sur laquelle Dominique a vécu. Et l’exigence d’absolu que comporte une telle démarche ne saurait être édulcorée par le fait de se trouver bien imparfait et peut-être même un grand pécheur devant Dieu. C’est même tout le contraire. L’appel à la sainteté ne retentit qu’avec plus de force face à nos imperfections, au mal, au péché. Ce n’est jamais que face à nos propres justifications qu’il ne se laisse guère plus entendre. Que sur ce chemin de sainteté Dominique soit donc notre guide !

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