Exigeante suite du Christ

4 septembre 2022 – 23è dimanche du T.O., année C
Sg 9, 13-18 ; Ps 89 (90) ; Phm 9b-10.12-17 ; Lc 14, 25-33
Homélie du frère Arnaud Blunat



Du film « L’Evangile selon saint Matthieu » de Pasolini (1964)

De grandes foules faisaient route avec Jésus.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Jésus ne cherche pas à les retenir à n’importe quel prix.
Comme nous l’avons entendu, être disciple de Jésus suppose quelques conditions :
D’abord, accepter de tout quitter, de renoncer à tout confort, à tout avantage.
Ensuite, accepter de voir où l’on en est et de se laisser remettre en question.
La suite de Jésus n’a rien d’un parcours de santé, ce n’est pas non plus une promotion.
Chemin faisant, Jésus voit venir à lui des hommes et des femmes qui le suivront pendant un temps puis repartiront chez eux. Il y a ceux que Jésus guérit de leurs maladies, délivre de leurs esprits mauvais. Il y en a d’autres qui restent un temps pour écouter ses enseignements, pour voir celui dont on parle tant.
Le nombre des disciples est incalculable. Nous savons seulement que parmi eux, Jésus en a choisi douze, douze hommes qu’il a appelés personnellement. A ces douze il a demandé de tout quitter, maisons, familles, possessions. Il ne leur a pas caché la signification de ce renoncement : dès le début, il leur dit : je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. L’horizon qu’il leur propose, c’est celui du Royaume des cieux, la vie éternelle.
Mais pour cela, encore faut-il entendre l’appel à renoncer librement à soi-même, et l’invitation à porter sa croix. Cela suppose des dispositions qui ne sont pas données à tous, des capacités intérieures suffisantes pour tenir dans la durée.
Autrement dit, le discours de Jésus n’a rien de séduisant. Jésus ne fait pas dans la démagogie. Il fait tout pour éloigner de lui les opportunistes, les arrivistes, ou bien les timorés, les faibles, les hésitants.
Et pourtant, tous les hommes sont appelés à entrer dans le mystère du Royaume. Mais la porte est étroite, le chemin est celui de l’humilité, de la pauvreté. Vivre l’évangile suppose une force intérieure qui vient d’une attirance pour la personne de Jésus, mais aussi une grâce, un don gratuit qu’il faut sans doute désirer et demander. Ne faut-il pas non plus la dose de folie et d’inconscience sans laquelle personne ne peut aller jusqu’au bout ?
C’est bien là tout le paradoxe de l’évangile. Le chemin que Jésus a pris l’a conduit jusqu’à la mort sur la croix. S’il n’y avait pas eu l’annonce de sa résurrection au matin de Pâques, la suite de Jésus n’aurait plus aucun sens. On ne peut pas suivre Jésus si l’on n’est pas profondément attaché à sa personne, à sa parole, s’il on n’a pas fait l’expérience de son regard qui s’est posé sur nous, si l’on n’a pas entendu l’appel qu’il nous adresse personnellement.
Mais alors, comment se dire disciple si rien ne se passe en nous ?
Si certains sont appelés, qu’advient-il des autres ?
La vie du monde qui nous entoure peut être autant un motif de s’éloigner de Jésus, de sa proposition exigeante, qu’un motif de renoncer à tout pour le suivre. Le monde avec ses attraits, ses séductions, peut paraître bien limité, bien insatisfaisant, quand on réalise la valeur de l’amour. Car l’amour ne s’achète, ni ne se vend. L’amour qui est l’objet de l’annonce du Royaume, est bien la seule chose pour laquelle on peut donner toute sa vie.
L’amour n’est cependant pas une idée, mais c’est l’aventure d’une rencontre, c’est le mystère d’une personne. Ce mystère, nous le vivons chaque jour lorsque nous ouvrons notre cœur à la présence de Jésus, lorsque nous prêtons notre attention à l’écoute de l’évangile. L’amour se vit au travers de chacune des rencontres, à chaque instant, c’est un défi qui nous est proposé, qui nous enthousiasme mais peut aussi nous désoler, car nous avons conscience de passer toujours à côté de l’essentiel. Au lieu d’ouvrir les bras, nous refermons dans nos mains ce trésor qui nous est confié. Alors notre quête est à reprendre le lendemain. Notre désir de suivre Jésus nous appelle à une confiance renouvelée. Sans nous décourager mais avec l’énergie de la foi, nous nous remettons en chemin. La foi nous donne cette force de continuer, malgré nos faiblesses, uniquement parce que Jésus marche toujours au devant de nous. S’il n’y avait pas eu l’horizon de la vie éternelle, la simple présence de Jésus avec nous pourrait nous suffire. Elle n’est illusion que pour celui qui se regarde lui-même, rempli de certitude, chargé de trop de richesses comme le jeune homme riche.
Non, c’est assurément les mains vides que nous devons avancer, mais le cœur affamé, l’âme assoiffée, avec l’esprit des béatitudes, et le seul désir que s’accomplisse en nous le vouloir de Dieu. Puissions-nous ainsi trouver dans l’évangile ce vrai désir de liberté, pour connaître un jour la plénitude de la vie éternelle.

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