L’annonce à Marie

20 décembre 2020
4è dimanche de l’Avent, année B
2 S 7,1…16 ; Ps 88 ; Rm 16,25-27 ; Lc 1,26-38
Homélie du frère Jorel François

L’Annonciation – Sandro Botticelli, tempera sur panneau, 1489-1490 – Galerie des Offices, Florence

Il n’est de mission au sens propre du terme qui ne vienne d’un autre et qui n’ait pour destinataire un tiers. Le missionnaire, pour qu’il soit authentique, crédible et sérieux, doit être avant tout un envoyé, comprenons alors un apôtre, un ange. Les termes sont analogues.

Six mois après que Gabriel ait été dépêché au temple auprès du vieux Zacharie annoncer la naissance prochaine de Jean, le voilà de nouveau en mission en Galilée, au carrefour des Nations, auprès d’une toute jeune fille, Marie. Il s’agit d’obtenir cette fois-ci le fiat qui va faire de celle-ci le tabernacle du Christ; et ainsi ouvrir la voie à ce que ce soit le cas, d’une certaine façon, pour chaque homme et chaque femme qui acceptent d’entrer dans la danse, et consentir à la démarche de l’Esprit qui, depuis les origines, n’a de cesse de planer sur les eaux. Mais toujours respectueux de l’autonomie des causes secondes dont il est lui-même l’auteur, et parce qu’il veut souvent les associer à son œuvre de beauté et même de rédemption, il arrive que Dieu compose, sollicite, mendie; il s’impose même parfois un ange, une médiation.

L’Ange n’est donc pas avant tout un pieux, saint et mystérieux personnage. Il ne désigne pas d’abord une essence, une nature, fut-ce spirituelle, désincarnée, éthérée comme on se plait souvent à le penser, mais un messager, un mandaté, un être bien réel qui reçoit une mission et qui, avec les limites qu’il peut avoir, s’évertue à l’accomplir. L’ange, comme l’apôtre, peut bien être chacun de nous en ambassade auprès d’un autre pour autant que nous nous montrions dociles à la volonté de Dieu et soyons l’annonciateur d’une parole de vie, une parole bienveillante qui suscite la vie, qui la fait naître et croitre.

Avec cette annonce faite à Marie, et l’accueil généreux qu’elle a reçu à travers le fiat, c’est le processus de l’incarnation qui est déjà engagé. Jésus, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, est déjà au milieu de nous. C’est donc déjà Noël en quelque sorte : Noël par anticipation, bonne nouvelle silencieuse, bonne nouvelle sous la forme d’un germe, d’un embryon, d’un fœtus.

La Parole s’est faite germe, embryon, fœtus pour, en attendant de vagir dans la crèche, prendre place parmi nous dans le silence de la chair et de ses tourments. Dieu se fait fils de l’homme dans le sein [gastri] d’une femme. Dieu dans ce nouveau temple assume l’histoire d’un homme, d’un peuple : sa politique, son économie, son éthique… En Jésus né de Marie, fiancée à Joseph, de la maison de David, Dieu se fait le continuateur d’une dynastie pour, à partir de là, continuer de s’ouvrir à l’universel, au genre humain tout entier.

L’enfant qui naitra de toi Marie sera grand [mégas]. Il sera appelé fils du très haut [yios ypsistou]. Le trône de David, symbolique du ciel et de la terre, lui sera donné, et son règne dans les cœurs comme dans l’univers n’aura pas de fin.

Le Dieu de la promesse est fidèle. Ce qu’il dit, il le fait. Même si de manière déroutante, surprenante. Le Dieu manifesté à travers le buisson ardent, qui ne voulut pas donner son nom de peur d’être transformé en idole, est désormais tout doux, tout humble, livré entre nos mains. Le Dieu du ciel et de la terre, manifesté au Sinaï, est de toujours qui il est, mais aussi et en même temps il lui plait d’être qui il sera, c’est-à-dire ce que nous en ferons…

C’est ainsi qu’il entend être Dieu : Très-Haut Seigneur que le ciel et la terre ne peuvent contenir, Parole Ineffable, efficace, mais en même temps Verbe Incarné, Dieu à la mesure des hommes et qui fait route avec eux, et de là faire en sorte de tout récapituler, et être à jamais tout en tous.

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